C'est dans ce climat d'incertitude que deux voix connaissant parfaitement la culture de Ferrari ont pris la parole. L'ancien ingénieur de course de Ferrari, Rob Smedley, et l'ex-directeur d'écurie Alpine, Otmar Szafnauer, sont apparus séparément sur le podcast High Performance Racing autour de la trêve estivale, et ont livré des prescriptions radicalement différentes.
Smedley, qui a passé 10 saisons à Maranello, dont huit en tant qu'ingénieur de course de Felipe Massa, a adopté une ligne dure. Il a soutenu que la seule voie réaliste pour Ferrari vers le championnat des pilotes 2026 était de prioriser immédiatement Lewis Hamilton au détriment de Leclerc .
S'exprimant après le Grand Prix de Grande-Bretagne — que Leclerc a pourtant remporté — Smedley a déclaré que Ferrari ne pouvait pas se permettre de laisser ses deux pilotes se faire la course librement si elle voulait battre Mercedes sur l'ensemble de la saison . Il a qualifié la manœuvre nécessaire d'« extrême » et de « controversée », mais inévitable, allant jusqu'à suggérer que Ferrari aurait dû envisager d'échanger les positions de Hamilton et Leclerc lors de la course de Silverstone elle-même .
« S'ils jouent la carte du juste milieu et essaient de faire dans l'équité, cela se retournera contre eux », a déclaré Smedley .
Le verdict de Smedley sur Leclerc était sans appel : « On avait l'impression qu'il était un peu perdu pour un pilote de son expérience et de son talent. C'est la première fois depuis longtemps, avec Charles, que son coéquipier a un avantage aussi significatif » .
Otmar Szafnauer a offert une prescription presque inverse. L'ancien directeur d'Alpine a conseillé à la direction de Ferrari de ne pas convoquer Leclerc pour une réunion formelle de mi-saison .
« Non. Laissez-le tranquille », a déclaré Szafnauer sur le même podcast. « Je n'aurais pas de conversation, mais je serais là pour le soutenir » .
La logique de Szafnauer était ancrée dans la psychologie du pilote. Il a expliqué que Leclerc savait déjà qu'il était en dessous de son niveau et qu'ajouter de la pression par une intervention formelle serait contre-productif. Les pilotes en période de doute, a-t-il expliqué, ont besoin d'être rassurés, pas interrogés .
Il a également souligné que Leclerc avait commencé à combler l'écart : « Je pense que Charles a rattrapé un peu de terrain sur Lewis lors des deux dernières courses » .
Les conseils des deux anciennes figures de la F1 étaient fondés sur un problème technique bien réel qui s'était installé depuis le Grand Prix de Monaco. Leclerc a subi un accident lors de sa course à domicile après avoir signalé une sensation de freinage inconstante sur la SF-26 . Il est ensuite passé des disques de frein Brembo aux disques Carbone Industrie — le même fournisseur qu'utilisait Hamilton — pour tenter de retrouver confiance .
Ce changement a apporté une légère amélioration, mais n'a pas résolu le problème sous-jacent. Leclerc a admis avant la trêve estivale qu'il était toujours à la recherche de la bonne sensation avec la voiture .
Le directeur de l'écurie Ferrari, Fred Vasseur, s'exprimant après la victoire de Leclerc à Silverstone, a attribué cette percée moins à la performance brute qu'à la restauration de la confiance du pilote : « Le résultat est le meilleur booster de confiance » .
La divergence entre Smedley et Szafnauer reflète une tension profonde au sein de toute écurie de haut niveau lorsque la conquête du championnat est en jeu. L'organisation fait-elle confiance au pilote en difficulté pour retrouver son chemin, ou se rallie-t-elle sans pitié derrière le pilote le plus fort ?
La réponse de Smedley : on ne peut pas diviser les points et espérer battre Mercedes. La réponse de Szafnauer : on ne sort pas un pilote d'une mauvaise passe en lui mettant la pression.
Ferrari, deuxième du championnat des constructeurs avec 307 points — à 72 points de Mercedes — devait choisir une voie . Le débat du podcast a illustré pourquoi ce choix était si difficile.