Le cœur de l’affaire est simple : des navires marchands, donc des bâtiments civils participant au commerce international, se sont retrouvés exposés à une pression militaire directe pendant leur transit par le détroit d’Ormuz. Selon l’article citant l’Associated Press, les faits du 23 avril incluaient des tirs contre trois navires et la saisie de deux d’entre eux . Quelques jours plus tôt, d’autres articles rapportaient des tirs et des menaces visant des navires commerciaux au moment où ils cherchaient à traverser le détroit .
Les évaluations de risque maritime vont dans le même sens. Une note de conseil maritime consacrée au Moyen-Orient a décrit une détérioration continue de la sécurité dans le détroit d’Ormuz, mentionnant des tirs contre des navires marchands, la saisie par l’Iran de deux porte-conteneurs et des soupçons de pose de mines navales .
Les bilans ne sont pas parfaitement identiques d’une source à l’autre : le nombre de navires visés, saisis ou endommagés varie selon les articles. Mais le signal commun est clair. La circulation commerciale à Ormuz n’est plus seulement une question de logistique ; elle est devenue un point de pression militaire et diplomatique .
Le détroit d’Ormuz est un passage maritime étroit entre l’Iran et Oman, présenté comme un corridor stratégique pour les exportations d’énergie du Golfe et le commerce maritime mondial . Plusieurs articles indiquent qu’il est lié à environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole ou de liquides pétroliers .
C’est cette concentration qui rend la zone si sensible. Dans un port secondaire, un incident peut immobiliser quelques cargaisons. À Ormuz, une attaque ou une saisie oblige toute une industrie à recalculer le risque : les armateurs s’interrogent sur la sécurité du passage, les assureurs réévaluent leurs couvertures, les affréteurs anticipent des retards et les marchés de l’énergie scrutent la possibilité d’un blocage plus long.
The National a ainsi rapporté que le transport de marchandises via le détroit d’Ormuz devrait devenir plus coûteux et plus risqué, alors que des assureurs annulent des couvertures et que des compagnies maritimes introduisent de nouvelles surtaxes . Le même média a indiqué que Hapag-Lloyd prévoyait une surtaxe de risque de guerre pour les cargaisons à destination et au départ du Golfe .
Le risque le plus immédiat concerne les équipages. Selon un reportage de l’ONU, le blocage et l’entrave au passage de navires dans le détroit d’Ormuz montrent comment les navires et les marins peuvent devenir un « levier » dans des différends géopolitiques . Le même article indique que jusqu’à 20 000 marins auraient été bloqués sur environ 2 000 navires dans le golfe Persique, faute de pouvoir passer en sécurité .
La menace ne se limite pas à de simples retards. La note de conseil maritime mentionne, pour la même période, des tirs contre des navires marchands, des saisies de navires et des soupçons de mines navales . Ces soupçons sont particulièrement lourds de conséquences : la même note avertit que des opérations de déminage pourraient prendre des mois .
Les compagnies maritimes réagissent déjà à cette perception du risque. Lloyd’s List a rapporté que des pétroliers évitaient le détroit d’Ormuz dans un contexte de sécurité dégradée, et que le trafic total y avait chuté de 38 % à un moment donné . Même lorsqu’un navire n’est pas directement attaqué, la simple anticipation du danger peut conduire à différer un départ, attendre au large, modifier une route ou ajouter des mesures de sécurité .
Le premier canal est le coût. Quand une zone devient classée à haut risque, les assurances maritimes se renchérissent ou se retirent, et les transporteurs répercutent le surcoût. The National a rapporté des annulations de couverture par des assureurs et l’introduction de surtaxes par des compagnies maritimes, dont la surtaxe de risque de guerre annoncée par Hapag-Lloyd pour les flux liés au Golfe .
Le deuxième canal est le délai. Si des navires évitent le détroit, patientent avant de le franchir ou réduisent leurs rotations, les calendriers de livraison se tendent. La baisse de 38 % du trafic total signalée par Lloyd’s List illustre le passage du risque perçu à des décisions opérationnelles concrètes .
Le troisième canal est l’énergie. Le détroit est présenté comme un passage associé à environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole ou de liquides pétroliers . Des attaques contre des navires marchands dans cette zone alimentent donc l’inquiétude des marchés de l’énergie, même avant toute interruption durable. Plus la crise se prolonge, plus les primes de risque, les coûts de transport et les coûts d’assurance peuvent peser sur les échanges .
Il faut rester prudent sur le bilan exact. L’article citant l’Associated Press parle de tirs contre trois navires et de deux saisies . Les articles de type AFP décrivent plus largement des navires commerciaux pris pour cible ou menacés lors de leur passage . Un autre article a fait état d’un nombre plus élevé de navires attaqués dans le Golfe et autour du détroit d’Ormuz .
Autrement dit, la question centrale n’est pas seulement de savoir quel chiffre deviendra le bilan définitif. L’enjeu principal est que des navires civils, essentiels au commerce international, se retrouvent exposés à des risques militaires dans l’un des passages les plus sensibles de la planète. Et ce risque se transmet très vite aux décisions des assureurs, des armateurs et des marchés de l’énergie .
Les attaques signalées près du détroit d’Ormuz ne sont donc pas de simples incidents maritimes. Elles montrent comment, dans un goulot d’étranglement énergétique, la sécurité de quelques navires marchands peut rapidement devenir un risque pour le commerce mondial, les coûts du transport et la stabilité des marchés de l’énergie .