Autrement dit, le sujet n’est pas celui d’un empire qui s’effondrerait faute de demande. C’est plutôt celui d’une entreprise en très forte croissance qui doit prouver que son modèle peut absorber des coûts d’infrastructure colossaux.
Un chiffre d’affaires annualisé supérieur à 25 milliards de dollars est un signal commercial majeur. OpenAI n’est donc pas une société sans clients, portée uniquement par l’engouement médiatique autour de l’intelligence artificielle.
Mais le revenu annualisé n’est ni un bénéfice, ni un flux de trésorerie disponible. Dans l’IA générative, chaque étape coûte cher : entraîner des modèles, les faire tourner à grande échelle, améliorer les produits, acheter ou réserver de la puissance de calcul, sécuriser des capacités de centres de données. Plus l’usage augmente, plus la facture technique peut aussi grimper.
C’est ce qui rend OpenAI difficile à comparer à un éditeur logiciel classique. Dans un modèle SaaS traditionnel, la croissance des abonnements nourrit souvent l’espoir de marges croissantes. Dans l’IA de pointe, la croissance peut aussi exiger davantage de puces, d’énergie, de serveurs et d’engagements d’infrastructure.
À première vue, dépasser 25 milliards de dollars de revenus annualisés devrait éloigner les scénarios les plus sombres. Mais les marchés ne regardent pas seulement la taille du chiffre d’affaires. Ils veulent savoir si chaque dollar de revenu supplémentaire coûte moins cher à produire avec le temps.
C’est là que le doute s’installe. Reuters a rapporté, en citant le Wall Street Journal, qu’OpenAI avait récemment manqué des objectifs de nouveaux utilisateurs et de revenus alors qu’elle avançait vers une introduction en Bourse, ou IPO selon l’acronyme anglais. Le Wall Street Journal indique aussi que ces contretemps ont suscité des inquiétudes chez certains dirigeants sur la capacité de l’entreprise à soutenir ses lourdes dépenses de centres de données.
Ces informations ne prouvent pas qu’OpenAI serait au bord de la faillite. Elles montrent plutôt que sa trajectoire financière devient plus difficile à défendre si la croissance ralentit au moment où les dépenses d’infrastructure restent très élevées.
Le débat ne vient pas d’un effondrement soudain de l’intérêt pour ChatGPT. Il vient de la rencontre entre trois contraintes : les objectifs de croissance, les dépenses de centres de données et la concurrence.
Si OpenAI poursuit sa route vers une introduction en Bourse, les investisseurs ne se contenteront pas de mesurer la notoriété de ChatGPT. Ils examineront la prévisibilité des revenus, l’évolution des marges, le niveau de consommation de trésorerie et la capacité à financer les engagements d’infrastructure.
Reuters rapporte qu’OpenAI aurait manqué certains objectifs de nouveaux utilisateurs et de revenus alors même qu’elle se dirige vers une IPO. Ce n’est pas, en soi, un signal de faillite. Mais cela signifie qu’un récit fondé sur l’hypercroissance devra être remplacé par une démonstration plus exigeante : croissance, discipline financière et visibilité sur les coûts.
Le cœur du risque est là. Le Wall Street Journal rapporte que les objectifs manqués d’OpenAI ont nourri des inquiétudes internes sur sa capacité à supporter ses dépenses massives en centres de données.
Le phénomène dépasse OpenAI. Reuters Breakingviews cite une estimation de Morgan Stanley selon laquelle les investissements mondiaux dans les centres de données atteindraient 2 900 milliards de dollars entre 2025 et 2028, dont environ 900 milliards liés à l’IA. Cette projection donne l’échelle du problème : l’intelligence artificielle générative n’est pas seulement une affaire de logiciels, c’est aussi une course aux infrastructures.
Une entreprise sous pression peut souvent ralentir les recrutements, reporter des projets ou réduire ses investissements. Pour OpenAI, l’équation est plus délicate, car ses rivaux avancent vite.
Reuters rapporte qu’OpenAI est passée en mode « code red » fin 2025 après l’attention suscitée par le dernier modèle Gemini de Google. Le succès de Claude Code, le produit de programmation d’Anthropic, aurait aussi poussé OpenAI à accélérer les efforts autour de son propre outil de code, Codex. Le même article souligne que ces crises successives ont forcé OpenAI à gérer un ensemble de projets très étendu, se disputant talents, puissance de calcul et autres ressources.
Réduire trop fortement les investissements pourrait donc affaiblir la compétitivité des produits. Mais continuer à investir massivement entretient la pression sur les flux de trésorerie.
À partir des informations disponibles, une faillite à court terme ne paraît pas être le scénario le plus solide. La raison principale est simple : OpenAI dispose d’une activité commerciale considérable, avec plus de 25 milliards de dollars de revenus annualisés rapportés par Reuters sur la base de The Information.
Mais écarter le scénario d’une faillite imminente ne revient pas à dire que le risque financier est faible. OpenAI aurait manqué certains objectifs de nouveaux utilisateurs et de revenus, et ses dépenses de centres de données susciteraient des inquiétudes chez certains dirigeants. À cela s’ajoute une concurrence intense, notamment autour de Google Gemini et d’Anthropic Claude Code, qui oblige OpenAI à arbitrer entre concentration, vitesse d’exécution et consommation de ressources.
Le risque de faillite deviendrait plus sérieux si plusieurs facteurs se détérioraient en même temps : croissance des revenus durablement inférieure aux attentes, coûts de calcul difficiles à réduire, engagements de centres de données trop lourds, pression concurrentielle imposant des dépenses toujours plus élevées et accès plus limité aux capitaux externes. Les sources disponibles permettent de parler d’une pression financière importante, pas d’une faillite déjà écrite.
Une introduction en Bourse pourrait apporter du capital, de la liquidité et une valorisation plus transparente. Mais elle ne résout pas automatiquement le problème central : l’économie unitaire de l’IA générative.
Les investisseurs voudront savoir si les revenus sont récurrents, si les clients paient suffisamment pour couvrir les coûts de calcul, si les dépenses de centres de données sont soutenables et si la concurrence ne réduit pas la capacité d’OpenAI à fixer ses prix. C’est pour cela que les objectifs manqués de revenus et de nouveaux utilisateurs prennent autant d’importance dans le contexte d’une possible IPO.
Les éléments publics ne soutiennent pas l’idée d’un effondrement immédiat d’OpenAI. Ils décrivent plutôt une entreprise qui a réussi une commercialisation massive, mais qui doit maintenant démontrer que cette croissance peut devenir financièrement soutenable.
La vraie question n’est donc pas : « ChatGPT a-t-il encore un marché ? » Elle est plutôt : « Les revenus d’OpenAI peuvent-ils croître assez vite, et avec assez de marge, pour suivre le coût du calcul et des centres de données ? »
À ce stade, la faillite à court terme n’est pas le scénario de base. En revanche, la pression à moyen terme sur la trésorerie, l’efficacité du capital et les dépenses d’infrastructure est bien réelle.